mercredi 30 septembre 2015

Juliette danse !


Le bal moderne à Musica : la danse loquace, reinette d'un soir !

Cocasse !!!!


"Les Pigeons d'argile": jeter son corps dans la bataille, selon Philippe Hurel : bien ciblé !


Un opéra filmé par François René Martin, ça se goûte avec les yeux, les oreilles et c'est autre chose que d'être spectateur au plus profond de la boite noire.
Ce soir là à Musica, c'est l'UGC qui abrite une oeuvre filmique de bonne tenue: l'exercice est périlleux: filmer la musique, les interprètes, le décor et la mise en scène d'un spectacle vivant, c'est une gageure et bien plus qu'un acte patrimonial pour la conservation des archives musicales!
Sur un livret de Tanguy Viel, inspiré d'un de ces thrillers, roman tectonique à rebondissement, Philippe Hurel change de registre, se frotte au genre opéra en compagnie de Mariame Clément qui en assure la mise en scène
Et loin d'être un empilement de disciplines, voici une oeuvre "totale" aux accents d'inédit, tant les rythmes du cinéma, de l'opéra s'épousent, se fondent pour une cohérence singulière
Dialogue des arts, arts en dialogue pour une narration et dramaturgie originale: une prise d'otages dans un milieu social de la grande entreprise
Le décor est planté après un prologue où tout se met en place: les héros, perchés sur un dispositif de chantier, échafaudage périlleux où l'instabilité des destins va se jouer en déséquilibre, en danger, à la lisière des possibles. Attention, fragile !


 Les visages des protagonistes, cadrés au plus près, l'atmosphère singulière d'un vaste hangar désaffecté, friche industrielle pour un monde qui s'écroule, et le tour est joué
Deux heures durant, on suit les destinées chaotiques, les renversements de situation, aux prises avec les points de vue, le montage les éclairages fort bien restitués pour magnifier l'action
Tous "jettent leur corps dans la bataille", leitmotiv pasolinien que chacun reprend pour lui.
Charlie, la brune et ténébreuse, sensuelle terroriste, Gaelle Arquez,le beau Toni, Aimery Lefèvre, baryton, et tous les autres personnages, séduisants, convaincants,par leur ardeur, leur passion du jeu, leurs diction irréprochable
Pour soutenir une histoire dramatique, le chœur remplit sa fonction d'accompagnateur, épousant les pulsions, les tensions de la musique!
"Laisser de l'air" , de l'espace au voix, confie Hurel à Marc-Olivier Dupin, représentant le soutien de la SACD à l'écriture d'opéra, Très "wagnérien" notre compositeur, admirateur de cet auteur d'opéra hors du commun.
Le film séduit, embarque dans un profond respect, le spectateur dans un autre espace que la scène
Plans larges pour laisser respirer la musique, cadrages serrés pour pénétrer l'intimité et le jeu des acteurs-chanteurs.
Belle réussite, sobre, qui honore le travail de l'Orchestre national du Capitole de Toulouse et immortalise une oeuvre de belle facture musicale: un opéra contemporain qui tient en haleine, tout de tension, de suspens et dont l'intrigue très "d'aujourd'hui" bascule dans un absurde à la Ionesco, fort décapant! Bien ciblé !
Ces pigeons d'argile, aux pieds fragiles, se brisent, volatiles, héros en péril, se jetant dans l'air pour mieux être réduits en miette. A corps perdus, portés par une musique présente à leur moindre geste, physique en diable : on reprendrait bien encore le chemin de cet "enfer" de la société bourgeoise aux prises avec des rebelles presques tendres malgré leur détermination anarchiste: jetter son corps dans la bataille!

mardi 29 septembre 2015

lundi 28 septembre 2015

Musica: dominical et majestueux!



A l'heure de la messe, 11H battantes, la Salle de la Bourse, comble, accueille "la suite et fin" du concert de violoncelle de Jean Guihen Queyras.
Jonathan Harvey et son "Pré-écho", trois courtes pièces de Gyorgy Kurtag et "Enigme" de Ichiro Nodaira, en prélude à chaque suite de Bach, N° 2, N°3, N°6.
Notre interprète, les yeux mi clos semble vivre et vibrer de tout son corps ces compositions virtuoses et fait naître de Bach, tous les accents dansés comme nul autre n'a su faire transparaître cet aspect de sa musique en apparence si stricte et froide.


Chaque mise en miroir de composition contemporaine semble s’enchaîner naturellement à la musique de Bach, si "moderne" aux dires de l'interprète.
Le glissement progressif de l'une à l'autre s'opère sans douleur et dans une sorte de continuité parfois quasi insaisissable! Un bis sous forme d'étude N°7 de Duport pour terminer ce récital si généreux de deux heures et l'on repart en dansant, animé de bien des  suites dans les idées.

"The Gospel According to the Other Mary" un oratorio de John Adams de 2012
C'esr pour vos "vêpres" dominicales , un cadeau, une oeuvre grandiose où la vie de Jésus dans un livret de Peter Sellars devient passionnante, pleine de suspens, de douleurs, de profondeur et d'enseignements;
L' Orchestre Philarmonique de la Radio Néerlandaise, le Choeur de la Radio Néerlandaise sous la direction de Markus Stenz ont fait un hymne à la grandeur d'une forme "oratorio" loin du requiem ou de la messe, toute de subtilités, contraste, masses sonores extraordinaire
Les flx de la musique comme des ressacs, les ondes vocales qui enflent, se répandent, font écho dans les interstices sonores, sont de toutes beauté; comme des vagues qui s'élèvent, retombent, s'épanchent sur la grève
Paysages printaniers aussi pour l'épilogue, empli de sons d'animaux de végétaux alors que les protagonistes chanteurs se taisent dans un recueillement spirituel édifiant
Ce soir là, une fois de plus Musica offrait une occasion unique de découvrir une oeuvre magistrale, monumentale, portée par des interprètes habités, comme le ténor Russell Thomas, émouvant aux larmes dans une sobriété et un respect magnifique
Un Dimanche de balade musicale fabuleuse en compagnie de musiciens hors pairs et d'oeuvres légendaires!



dimanche 27 septembre 2015

Les guerriers de Zvardon


Musica : carnet de bal bien rempli !


On ne chôme pas à Musica: dès potron-minet ce samedi à l'Auditorium de France 3 , c'est le concert "Jeunes talents, piano et percussion" qui ouvre le bal : les classes d'Emmanuel Séjourné, enseignant de percussions au Conservatoire vont expérimenter leurs "talents"et montrer "leur savoir faire" devant un public friand, exigeant, chaleureux!
C'est à Alice Gineste d'ouvrir la session: comme une marchande de couleurs dans sa boutique, elle se glisse parmi les instruments de percussion, s'y love, se loge et habite le temps de "Assonance VII" de Michael Jarrell, sa joyeuse boutique exiguë .Comme une cage au travers de laquelle naissent sons et notes qui s'envolent à travers un grillage invisible !
Avec grace et dextérité, la voici en dialogue avec ses percussions, va de l'une à l'autre dans une féline gestuelle, à l'écoute des réverbérations, en alerte, sur le qui vive
Une interprète vigilante, respectueuse d'une partition complexe qui se joue des obstacles, franchit les limites de la virtuosité, retombe sur ses pas et gestes comme un félin.
Une fois de plus, la musique se regarde, se touche et dévoile ses sources et secrets de fabrication dans l'instant même de son exécution, avec celle qui donne vie et sons, bruissements et frissons à tout cet attirail de couleurs sonores, dans de beaux gestes et attitudes graciles.
Le concert continue en compagnie des œuvres de Berio, "Linea",1973, une musique de  ballet pour Félix Blaska qui reprend une mélodie, la refond à l'envie sous les doigts des deux pianistes et de deux percussionnistes
Belle pièce qui met en avant aussi le dispositif, en parallèle où les musiciens se regardent et s'écoutent dans une grande attention, un profond recueillement très professionnel!
Au tour de Xénakis  avec "Rebonds B" de 1987 d'enchanter et de donner l'occasion à Antoine Josselin, de montrer ses talents de batteur, d'as du rythme et du tempo, performeur physique pour interpréter une oeuvre percutante, forte, puissance et sans concession Une chevauchée, cavalcade rythmique percussive défiant comme une gageure les lois de la facture de sons.
Philippe Hurel pour clore ce beau répertoire contemporain qui bâtit le patrimoine vivant de la musique d'aujourd'hui: "Interstices" de 2009, une pièce sous forme de "mini concerto" alléchant, plein de vie, toute en tensions où les jeunes interprètes jouent à saute mouton , défient les handicaps et offrent avec sérénité, toute la gamme stylistique d'un savoir faire déjà bien maîtrisé!
Félicitations à ces classes d'Emmanuel Séjourné, l'ange Pygmalion qui révèle à eux mêmes les jeunes pousses , interprètes hors pairs, éclairés dans une intelligence de l'art de jouer la musique d'aujourd'hui!

La journée du mélomane s’enchaîne avec le virtuose récital de violoncelle de Jean Guihen Queyras: Bach au menu et trois courtes pièces en amont de Ivan Fedele "Arc-en-ciel" de 2004, "Ein...Es Praeludium" de Gilbert Amuy, et "Pré-écho" de Misato Mochizuki" de 2006: autant de courtes pièces en amuse-bouche avant les plats de résistance: les "Suites" N° 1", "Suite N°4" et "Suite N°5" de Bach, toutes de danses, de rythmes et de diversités, un régal, un panorama virtuose des figures sonores chères à Bach qui savent enchanter le danseur qui sommeille en l'être humain !


"Penthésilea" de Pascal Dusapin
La soirée continue,on s'y confronte avec le mythe de Penthésilée, comme une chevauchée farouche et fatale, incursion dans le genre "opéra" par un compositeur dont la maturité s'affirme et se conjugue désormais au présent, comme une valeur patrimoniale de la musique d'aujourd'hui.
C'est peu dire que pour l'ouverture de la saison de L'Opéra du Rhin, cette oeuvre couronne l'audace, à la fois de la composition, mais aussi de la mise en espace de Berlinde de Bruyckère,plasticienne belge aux dons de scénographe étonnants
Ode magistrale à l'Amazone, aux femmes, oeuvre musicale riche de sons isolés, brodés, doublés par d'infimes nuances, voix profondes aux accents germaniques sauvages, orchestre et chœur à l'unisson pour échafauder un tableau, une fresque épique en diable
Le destin et le jeu de cette femme, incarnée par Natascha Petrinsky, sublime et rageuse héroïne dont les performances physiques rehaussent le personnage au rang de furie athlétique remarquable, est sensible et émouvant
La scénographie, de sculpture en panneaux, boucliers d'acier, protégeant les protagonistes, ou ces paillasses de peaux de bêtes amoncelées, évoque un univers implacable, dur, dépecé de sentiments, abrupte, sans concession à la bassesse
Un corps de personnages se fond avec les chanteurs, comme des vagues, assistant l'intrigue, accompagnant l'espace engendré par la musique de Dusapin
L'Orchestre Philarmonique de Strasbourg et les chœurs de l' ONR investis et mis en scène par Pierre Audi vibrent et bougent l'action, comme un étau épousant les protagonistes de leur accompagnement empathique.


Encore un peu d'énergie, ce samedi et soyons fous pour "aller au bal, danser": il est 22H 30
Le Palais Universitaire transformé en piste de bal, c'est une occasion unique d'y gouter aux glissés, frôlés et enlacements engendrés par la musique contemporaine en proie aux rythmes de la musique "populaire à danser": c'est le Bal Contemporain" confié pour l'occasion à l'Orchestre Comité des Fêtes" sous la direction musicale de Armand Angster: la fiesta peut commencer, éperonnée par les talentueux Pierre Boileau et Sabine Cornu du collectif "L'un des paons danse" !

Alors à vos carnets de bal pour goûter aux morceaux "déstructurés" de musique savante pour bal baloche: comme de la grande cuisine faite à partir de plats traditionnels!
On malaxe, fusionne, détourne rythme et tempo, désoriente, déroute les danseurs, tous prêts bien sur à l'improvisation plutôt qu'à la démonstration de danses de couples, performances qui tétanisent tout néophyte !
Alors on se lance sur la piste, on écoute, on regarde, on se régale de cette joyeuse ambiance: on ne soupçonnait pas un tel de savoir si justement évoluer sur des rythmes diffractés, déjantés, hors norme des codes chorégraphiques très strictes des mambos, valses et autres styles métissés
Et pour se frotter à ce genre: Patrice Caratini , François Rossé, Bernard Cavanna avec boléros, salsa,bossa nova alsaco andalouse, pasodoble,Yann Robin et Sebastian Rivas pour kusturidance et mambo endiablés !
Le plus beau: le podium des musiciens avec Françoise Kubler en Madame Loyale, tenancière d'un cabaret coquin, meneuse de troupe, animatrice charmante se surprenant elle même dans ces dons de maîtresse de maison musicale où l'on s'encanaille à tire larigot Vêtue sagement d'un beau tutu, puis d'un guêpière alléchante, d'un porte jarretelles original, la voilà Dame respectable, meneuse de revue, simple et vive, toute transformée! Et sa voix de se révéler dans ce registre nouveau, enjôleuse, suave, charmeuse, entraîneuse
Bravo à cette joyeuse formation pleine de verve et de bonne humeur de charme aussi avec le brillant joueur d'orgue de barbarie, Pierre Charial, enchanteur de notes, de petits pas, de valses, ruades, petits bougés pour danseur minimaliste !
Ce "Bal Contemporain" résonnera encore longtemps des pas de tous ces danseurs en herbe, galvanisés par les troupes de Pierre Boileau, maître de cérémonie, discret, toujours prêts à tenter les aventures les plus incongrues, les plus folles, les plus décoiffantes

Et notre directeur, Jean Dominique Marco, de veiller à la bonne "marche" de cette formule originale: peut-être fredonne -t-il ce soir là, décontracté après cette dure semaine de direction de festival: "quand Dominique est fatigué de voir les autres travailler, il se donne un peu de repos, juste le temps d'un p'tit tango...Le tango corse..... selon Fernandel dont l'humour et l'audace pourraient parrainer cette soirée !!!



samedi 26 septembre 2015

Les Minions dansent!





Musica, "mode d'emploi": méga, méta- lomane !


La musique, mode d'emploi ?
Débrouillez vous il y a plein de pistes, de directions, de chemins...
Alors pour cette soirée, direction "Manoury" pour son "Temps , mode d'emploi", 2014, une oeuvre interprétée par deux pointures du piano, Andreas Grau et Gotz Schumacher.
C'est "piano duo"!
Quand le "temps" se pétrit dans la pensée musicale de Philippe Manoury, il devient "musique en temps réel", source de surprises, de divagations spaciales, de niches spatiales inconnues.
Deux pianos en quinconce, tête à queue et tout un univers de résonnances, de sons qui se croisent, vont et viennent, se réverbèrent, glissent dans un savant chaos de l'immédiat
A la régie informatique musicale, José Miguel Fernandez opère comme un magicien du temps, le prolonge, le réduit, le triture à l'envie
Matières sonores, comme des taches, des touches qui se fracassent, s'entrechoquent dans une tectonique atonale Il plait à Manoury d'évoquer l'univers pictural de Pollock ou Richter, ces paysages fluctuants, où les repères savent faire défaut, se dissimuler aussi dans de longues plages de repos, de calme où l'on savoure chaque note égrenée par les deux interprètes complices
Cette pièce pour pianos, comme une oeuvre majeure et aboutie de la recherche d'un compositeur qui semble avoir trouvé "le mode d'emploi" d'une technique et qui en livre un monde imaginaire au delà de tout système, de tut cliché lié à l'électronique.
Une heure de jouissance où le temps n'a plus de frontière, de limites et nous amène dans une éternité sauvage, paradisiaque et infernale en même "temps"


"La Métamorphose", opéra de Michael Lévinas : dantesque !
Kafkaienne, cette version sous forme d'opéra de la nouvelle de Kakfa par Le Balcon, ensemble qui révolutionne ainsi une vision très livresque de l'oeuvre du maître de l'absurde.
Salle comble et bruissante ce soir là à Strasbourg à la Cité de la Musique: on semble y pressentir un "événement" et l'on ne serra pas déçu, mais surpris par l'audace, l'esthétique, le rendu de cette version visionnaire d'un texte hors norme, énorme.
En prologue, "Je, Tu, Il" sur un texte de Valère Novarina, en "amuse-bouche": délires et digressions sur la bouche, cet orifice si photogénique en diable d'où émanent, mots , sons, cris, hurlements et éruptions fracasses ; déjà de petites bestioles vivantes, chenilles et autres chrysalides en mutation, emplissent un bocal filmé en direct et  leurs reflets inondent une toile de projection en direct.
Trois bouches fluorescentes, des images vidéos surdimensionnées, un cercle, comme un couvercle qui va délivrer les images ou sons d'une boite de Pandore.....


Le décor est planté pour ouvrir la cérémonie et c'est parti pour un joyeux délire
L'histoire est absurde, la transformation de Grégor en petite bête monstrueuse se révèle prétexte à plein de fantaisie Une mère obèse, au costume transparent, éclairé de l'intérieur, un père en casque, une sœur en tutu et Grégor qui sort à peine de sa métamorphose, dans ce coquillage entrouvert qui livre ses secrets horribles....


Visions de gentil cauchemar, atmosphère débridée, bon-enfant, joyeuse, rythmée.
Que du bonheur et de la verve colorée pour évoquer un univers , celui de l'étrangeté, de la différence.La musique fuse, les voix, chaleureuses, vivantes, surgissent des gosiers, les gestes s'accélèrent, la folie s'empare des personnages et tout va bon train dans ce petit monde agité qui s'organise autour de cette transformation.


Grégor, gracile, félin n'est pas pour autant terrifiant et son image escalade murs et plafonds, se dérobe, va et vient pour échapper à son sort fatal: il sera écrabouillé, écrasé, banni, rejeté, foulé aux pieds par ces joyeux guignols de l'horreur!
Kafkaïen en diable! La scénographie de John Carroll, magique, puissance, irréelle , d'images grossies dans un globe suspendu aux cintres, est saisissante, originale très "plastique".Tony Oursler veille au grain et le groupe Le Balcon tient tête haute dans ces déflagrations pleines d'humour et de distanciation!
tony oursler plasticien

Les costumes semblent eux aussi sortit tout droit d'une légende archaïque comme ce cancrelat aux élytres et corps monstrueux, étrange, énigmatique
Une soirée où le public en phase enthousiaste, une fois de plus semble aux anges: qui a dit que la musique contemporaine était ennuyeuse et inaccessible?
Un ignorant à coup sûr !

vendredi 25 septembre 2015

Bestiaire de la danse




Nolde: "danseuse et arlequin"


Wilhem Latchoumia et le piano : félin pour l'autre : un maître-queux au piano !


Il semble tout droit  sortir du merveilleux clip de De Fursac "Flicht of Fancy", comme l'égérie de la marque Adrien Sahores,mannequin  top modèle, discret et charmeur.
Wilhem Latchoumia fait corps avec son instrument, on dirait qu'il ont "poussés" ensemble, grandis comme deux végétaux en osmose, greffe réussie pour créer un hybride la musique: l'homme piano, celui sur lequel "on ne tirera pas", celui dont "la groupie du pianiste" respecte la personnalité, la liberté.
Un concert  de plus pour cet interprète à l'allure altière et décontractée, tout de noir vêtu, stricte et ondulant en même temps laissant sourdre une musicalité toute physique, à la ville comme à la scène.
De Jonathan Harvey et son "Tombeau de Messian" 1994, il fait un hommage discret au maître du "protospectralisme", lumières sonores à l'appui, en résonance avec des sons électroacoustiques.
Gérard Pesson lui sied à merveille dans son "En haut du mat" de 2009?, comme une chanson de marin, en partance, référence à Wagner qui tisse les échos de ce récital, entre moderne et contemporain

Dénicher les citations du titan bavarois dans une musique ténue, monodie marine d'un air en contrepoint
Richard Wagner comme compagnon, inspirateur de la musique d'aujourd'hui avec comme choix "Isoldens Liebestod" et "Elegie en la bémol majeur", pièces courtes, romantiques, dont l'écoute dans le contexte du festival Musica prend un sens particulier: tisser ponts et passerelles, franchir les obstacles de l'incompréhension, des barrages concernant la "musique savante" et celle dont nos oreilles sont plus habituées à la confrontation


Projet éditorial de ce récital où Iannis Xénakis se glisse, s'infiltre à l'envie avec "Mists", pièce de 1981 dont l'univers pianistique résonne parfaitement en écho avec les œuvres précédentes
Latchoumia, félin, habile et magistral interprète va de l'un à l'autre se jouant de difficultés invisibles, inouï dans la passion et la symbiose qui s'oère entre ce piano magique et son merlin l'enchanteur.


On retrouve le pianiste auprès de l'Ensemble Linéa pour la création mondiale de Raphael Cendo, "Corps". En miroir d'une pièce emblématique de Helmut Lachenmann, "Mouvement" de 1982
Une oeuvre tétanisante, qui évoque la rigidité, la pétrification des corps à l'agonie, cette raideur après le dernier soupir qui hante les corps.Gestes et sons magnifiés par le spectacle de l'Ensemble devant la pléthore d'instruments percussifs sur le plateau, comme un immense "piano" préparé pour un festin par un grand chef aux fourneaux!
 Et pour "Corps" Latchoumia, mitaines aux poignets, ganté de noir lui aussi au "piano" en maitre-queux, divin instigateur de l'oeuvre , magique facteur de sons, de fureur, de silence ou d'envolées fébriles qui se perdent dans un vacarme étonnant, envahissant
Récital, mené de main , de baguette de maitre par  Jean-Philippe Wurtz, aux aguets, à l’affût de toutes ces embûches, sobre passeur, vecteur de la musique qui s'invente pour les interprètes d'aujourd'hui, virtuoses de tous leurs"corps en mouvement" indispensable outil, instrument premier de la médiation des sons !


jeudi 24 septembre 2015

Music'ARTE hommage à Arvo Pärt : faire tintinnabuler la lumière !¨


"Tout est calme, reposé, écoute les clochettes tintinnabuler".....Une berceuse de Graeme Allwright résonne encore au lointain, berceuse de nos mémoires collectives.
"Tintinnabuler", tout sauf l'acceptation dérisoire et simpliste de frapper brièvement sur une cloche aux yeux de Arvo Part!
C'est pour ce maestro de la lenteur et du temps qui s'étire, une façon de faire écho, de faire se répercuter la musique en autant de diffraction, de résonance, de prolongation du son jusqu'à sa perte, sa disparition inaudible, imperceptible........Réverbération, rémanence de ce qui n'est pas une "note" mais un son qui prend vit et sens au sein d'un rythme
C'est dans un édifiant "documentaire de création" sur ce compositeur, le plus joué sur la planète que l'on peut apprendre, dénicher, s'informer des usages, pratiques et mode de fabrication de la musique planante d'un homme dont la langue, l'estonien, flotte et plane, juste et lumineuse, à déguster comme scruter son visage de vieil homme recueilli, modeste figure de l'histoire de la grande musique de notre temps


Signé par Gunter Attel "Arvo Part, Robert Wilson-Le Paradis perdu" dévoile la "genèse" de la rencontre entre deux géants, deux démiurges de l'art vivant : le metteur en scène Bob Wilson et le compositeur.
Rencontre fertile qui se cherche un alibi, à travers un respect, une complicité qui va en s'apprivoisant lentement, surement
Car les deux maîtres, animés d'un profond respect font faire jaillir un spectacle, celui de la lumière, celle qui anime l'oeuvre de Part, comme une sculpture des sons, comme la peintures de paysages oniriques, spirituels, emprunts de cérémonie
Adam est le "héros" de cet opéra singulier dont on découvre quelques secrets de fabrication: marcher lentement, avancer linéaire, se déplacer comme dans une chorégraphie, ode à la lenteur, hommage au "ralenti" de la vie , très "zen" attitude qui conduit à l'élévation, à la lévitation qu'engendre souvent la musique spatiale de Part


Le tournage de l'oeuvre en question "Adam's Passion" par Andy Sommer restitue la mise en scène très particulière de Bob Wilson: plateau quasi nu, une branche posée au bord d'un proscenium qui s'évade dans le public, long podium où les personnage, en somnambules, de blanc vêtus vont dessiner leur destinée : la perte ou la rémission du péché originel, dont seul Dieu semble être l'auteur
Tout y est pesant et alourdi, marqué, souligné comme si "festina lente", hâtes toi lentement ne pouvait donner lieu qu'à l'immobilité, et infime "petit bougé" d'Alwin Nikolais.....
Comment réussir à momifier, enlaidir une Lucinda Childs, en fantôme vieillissant, les traits tirés, livide spectre alors qu'un temps la collaboration Wilson/ Childs donnait naissance à "Einstein on the beach" ? Lourdeur des costumes, personnages en bibendum ne sachant tournoyer, lumières fracassantes pour trancher dans la morne ambiance vaporeuse de fumigènes en brouillard constant.......Briques anecdotiques, kalachnikovs en carton pâte,, shorts et bretelles des enfants sortis droits de "Jeux Interdits"...Sans parler des sous-titres jaunes flaschis qui tranchent dans l'image sombre, noire, parfois scintillante.Adam avance, magnifié par des contrastes lumineux entre bleu profond et noir scintillant, dessine les contours d'un théâtre d'ombres nettes, tranchées.

Est-ce cela la musique de Part qui d'ailleurs sur la brèche toujours,pourrait basculer d'un instant à l'autre dans le "Jean Michel Jarre" de la musique savante?
Quant au film, tout se lit et se voit: raccords, effets de Luma, certes pour ne pas modifier le rythme et l'atmosphère mystique de l'oeuvre, mais alors à quoi bon revendiquer autre chose qu'un plan fixe, comme le suggère Arvo Part !!!!
Alors que le Tallin Chamber Orchestra d'Estonie  et les choeurs de l'Estonian Philarmonic Chamber Choir renden magistrale, une oeuvre lumineuse, profonde dans ce décor symbolique de Hangar à sous-marins soviétiques, antre d'un passé soviétique pas encore effacé.

Soirée en partenariat avec ARTE à l'UGC Cité Ciné

mercredi 23 septembre 2015

Parures dansantes




La femme chancelante de Max Ernst


Ours d'une revue ! Le générique.


MUSICA en rêve !


Ce à quoi vous avez échappé au festival MUSICA



Tzara et la danse : quelques écritures automatiques: en mouvement !




sage danse mars


la glace casse une lampe fuit et la trompette jaune est ton poumon et carré les dents de l’étoile timbre poste de jésus-fleurchemise la montre tournez tournez pierres du noir
dans l’âme froide je suis seul et je le sais je suis seul et danse seigneur tu sais que je l’aime vert et mince car je l’aime grandes roues broyant l’or fort voilà celui qui gèle toujours
marche sur les bouts de mes pieds vide tes yeux et mords l’étoile
que j’ai posée entre tes dents
siffle
prince violon siffle blanc d’oiseaux

sage danse deux


accroissement d’un brouillard d’hélices imprévues
arc voltaïque impassible visse
les corridors échine des maisons
et la fumée
gradation du vent qui déchire le linge
dans un tiroir la tabatière écorces d’oranges et des ficelles
o soupape de mon âme vidée
la fiole liée au cou
les trains se taisent tout d’un coup

EXPOSITION au MAMCS : Tristan Tzara, l'homme approximatif
jusqu'au 17 Janvier 2016 

De Fursac danse !



Un peu de fantaisie, dans un envol dansant du mannequin si gracile, si léger de de Fursac !



Avec son égérie, Adrien Sahores dans un clip de Sébastien Haddouk, "Flicht of fancy"