lundi 30 mai 2011

Frédéric Flamand: un incendie ravage les archives du Ballet de Marseille!


A cette occasion je publie mes anciens articles.
C'est hélas tout un pan de l'histoire du Ballet de Marseille qui part en fumée: décors, architectures, costumes....Et que fait-on pour la mémoire de la danse?

DANSE recyclée
Après le déluge…..
"LES METAMORPHOSES" :Faire danser matière et objets dans l'espace des corps.
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Frédéric Flamand est à l'origine d'une démarche interdisciplinaire qui voit le jour dès 1979 dans la Raffinerie de Sucre, le "Plan K", à Bruxelles, une friche industrielle où ne cesseront de se côtoyer les disciplines artistiques les plus variées. Ce chorégraphe-scénographe y développera ses propres projets de  bâtisseur de rêve jusqu'à sa nomination à la tête de "Charleroi Danse", centre chorégraphique en pleine ébullition, dans une ville en reconversion industrielle. Faire dialoguer les techniques de la danse classique avec celles du contemporain demeure son credo et, depuis 2004 à la direction du Ballet de Marseille, il n'a de cesse de confronter au dialogue cette utopie teintée de réalisme dont il use et abuse avec générosité.
Son travail au regard de l'architecture se révèle dans ses chorégraphies dès 1996, face à ses préoccupations d'intégrer l'être humain dans son environnement urbain; avec ses complices new-yorkais Diller et Scofidio,  avec Jean Nouvel, avec le californien Thom Mayne. Autant d'expériences qui le conduisent en 2004  à enseigner l'architecture à l'université de Venise! Dernièrement, c'est un hommage à la Cité Radieuse du Corbusier à Marseille avec Perrault qu'il rend, en compagnie du corps de ballet de la cité phocéenne. Puis avec Zaha Hadid, architecte et designer irako-britanique, il créé « Métapolis II » une œuvre pour faire « danser l’espace » : clins d’œil à la gare terminus du tram à Hoenheim en Alsace que l’architecte a fait surgir en structurant espace et volumes comme une chorégraphie architectonique de plaques vertigineuses et de tiges lumineuses aériennes.
Pour son dernier opus « Métamorphoses » Frédéric Flamand boude les architectes et clôt sa réflexion sur la ville, le corps machine et l’aliénation des êtres dans la cité dévoreuse, ce « non lieu » innommable !Il se tourne vers les célèbres frères Campana, Humberto et Fernando,designers brésiliens. Il leur confie le soin de lier les matériaux de la création plastique, aux déplacements et évolutions des corps dans des espaces et matières particulières à leur travail. Recycler les matériaux, les formes comme autant de passages, de transformations et métamorphoses, de mutations extraordinaires. « Les Métamorphoses  d’Ovide sont une œuvre qui à mes yeux, expose Frédéric Flamand, transgresse et fait éclater l’ordre classique, riche d’hybridations et de métissages, comme en changement perpétuel. Pour donner « forme et corps » à ce projet, j’ai fait appel aux designers célèbres qui pratiquent le détournement d’objets du quotidien pour en faire des œuvres inattendues ? Une chaise réalisée avec 500 mètres de corde rouge par exemple. Ils sont exposés aussi bien au MoMA à New York qu’aux Arts Déco à Paris ».Ces deux artistes spécialistes du recyclage de produits artisanaux, opèrent une réflexion sur la nature de l’être humain face au monde en perpétuelle mutation. Développer le mixage des médias qui permettent de réinterroger notre mémoire de manière nouvelle. Voilà ce qui est au cœur du processus de création de chacun des protagonistes de ce nouveau spectacle protéiforme. « Le projet porte sur les Métamorphoses qui obnubilent les frères Campana, tout comme moi. Avec ces professionnels de l’objet et de la matière, nous réfléchissons et discutons sur la conception des décors comme espace à vivre et à danser pour les corps qui s’y exposent. Il est important de savoir quelle image du corps ils ont ». Et de poursuivre : « Nous réfléchissons sur la ville, le lieu de toutes nos utopies : c’est un thème majeur car le monde entier va bientôt vivre dans des villes. Ce sont les architectes, les designers, les plasticiens qui vont structurer cet espace, ces nouvelles villes qui s’articulent autour des autoroutes et des shopping center qui influencent notre corps comme notre identité ».Frédéric Flamand une fois de plus est aux lisières des disciplines et frôle l’inconnu à chaque création. Son langage chorégraphique se nourrit de ces rencontres et sa danse s’enrichit d’éléments empruntés aux autres arts sans jamais y perdre son âme. Bien au contraire, ces « Métamorphoses » sont bien celles du monde d’aujourd’hui qui n’a de cesse que de se transformer, d’évoluer en mutations constantes. Comme l’art chorégraphique jeté dans le bouleversement du monde chaotique. Flamand tisse sempiternellement les liens entre les arts et les hommes et fabrique un tissu imaginaire fertile, très proche de la mythologie dont il s’inspire en compagnie des plus belles pages d’Ovide.
Déclivités, figures de l'équilibre, le geste vivant s'affranchit des contraintes de l'architecture; la ligne, le mouvement, la lumière et les volumes se conjuguent pour opérer une alchimie de l'espace qui se construit sans cesse pour charpenter corps, danse et univers.
Les images déferlent  aspirant la vie, générant un foisonnement de circulations et de mouvements. Les costumes des Campana rappellent l'esthétique futuriste et offrent au regard des angles, coupures, ruptures dynamiques en osmose avec les mouvements décomposés des corps qui se recomposent alors dans leur environnement urbain et architectural. Les formes hybrides, les magnifications de matériaux pauvres et recyclés ont défini un nouveau concept de design. « Ils sont les interlocuteurs rêvés pour aborder le thème de la métamorphose, inspirée de l’œuvre monumentale d’Ovide, préoccupé par le mythe d’un changement perpétuel : transformation de dieux ou de héros en bêtes, plantes ou rochers. Ainsi, il n’existerait pas vraiment de différence entre les règnes minéraux, végétaux, animaux et humains et même divin ! » conclut Frédéric Flamand !
GENEVIEVE CHARRAS

LA VILLE LUMIERE
"METAPOLIS II" :Faire danser l'espace "au delà de la ville"
La Biennale de la Danse de Lyon 2006 déclinait toute sa programmation sous le signe judicieux de "Danse la ville": une réflexion très élargie du rapport du corps danseur-citoyen à l'environnement urbain et à l'architecture. Metapolis II y jouait un rôle de révélateur de la thématique sous tous ces aspects et y créait son "Métropolis": une mégalopole protéiforme où les corps épousent ou repoussent les espaces, les structures, les matériaux. Hautement symbolique.
En 2000, Frédéric Flamand proposait à Zaha Hadid de croiser leurs chemins respectifs: le chorégraphe flamand et l'architecte designer irako-britanique créaient Metapolis , une œuvre pour "faire danser l'espace". Clins d'œil à la gare terminus du tram de Hoenheim en Alsace, ils se retrouvent en 2006 et opèrent à nouveau sur les territoires de prédilection de la danse et de l'architecture: structuration de l'espace et des volumes.
Frédéric Flamand est à l'origine d'une démarche interdisciplinaire qui voit le jour dès 1979 dans la Raffinerie de Sucre, le "Plan K", à Bruxelles, une friche industrielle où ne cesseront de se côtoyer les disciplines artistiques les plus variées. Il y développera ses propres projets de chorégraphe bâtisseur de rêve jusqu'à sa nomination à la tête de "Charleroi Danse", centre chorégraphique en pleine ébullition, dans une ville en reconversion industrielle. Faire dialoguer les techniques de la danse classique avec celles du contemporain demeure son credo et, depuis 2004 à la direction du Ballet de Marseille, il n'a de cesse de confronter au dialogue cette utopie teintée de réalisme dont il use et abuse avec générosité.
Son travail au regard de l'architecture se révèle dans ses chorégraphies dès 1996, face à ses préoccupations d'intégrer l'être humain dans son environnement urbain; avec ses complices new-yorkais Diller et Scofidio,  avec Jean Nouvel, avec le californien Thom Mayne. Autant d'expériences qui le conduisent en 2004  à enseigner l'architecture à l'université de Venise! Dernièrement, c'est un hommage à la Cité Radieuse du Corbusier à Marseille avec Perrault qu'il rend, en compagnie du corps de ballet de la cité phocéenne.
Ici trois ponts mobiles, d'abord emboîtés, puis déplacés en différentes configurations sont le lieux de petites scènes, duo romantique, jeu de cache-cache ou rassemblement d'un groupe tourné vers l'écran du fond de scène pour regarder le nouveau panorama. Car l'écran n'est jamais vide. Outre les rétroprojections d'actions sur la scène, tantôt apparaissent de belles sinusoïdes et spirales tirées des dessins de Zaha Hadid, tantôt des films de paysages urbains tel celui d'un tunnel routier qui semble aspirer une danseuse s'agitant en apesanteur parmi les voitures.
Déclivités, figures de l'équilibre, le geste vivant s'affranchit des contraintes de l'architecture; la ligne, le mouvement, la lumière et les volumes se conjuguent pour opérer une alchimie de l'espace qui se construit sans cesse pour charpenter corps, danse et univers.
Les images déferlent en fond de scène, aspirant la vie, générant un foisonnement de circulations et de mouvements. La ville s'imprime dans les corps en géométries mouvantes. Les costumes de Zaha Hadid rappellent l'esthétique futuriste et offrent au regard des angles, coupures, ruptures dynamiques en osmose avec les mouvements décomposés des corps qui se recomposent alors dans leur environnement urbain et architectural. Le développement de la réalité virtuelle est lié au surgissement des nouvelles technologies de communication génératrices de processus de dématérialisation du corps.
METAPOLIS II

-"Ouvrir" serait un leitmotiv de votre démarche artistique…."

-"Je vais dans différentes directions pour "sortir du ghetto de la danse", vers d'autres médias, vers d'autres publics pour renforcer la danse. Mêler publics et médias pour questionner le vieil espace théâtral de la Renaissance: le frontal et la perspective. Je me situe dans un renouveau de ces espaces, pour les casser, les faire exploser et modifier les lieux du spectacle. C'est un "vieux projet", cher aux artistes qui transforment tout dans une époque de mutation: le XXIème siècle !"

-"La ville, les espaces urbains opèrent une véritable fascination sur vous….et sur les corps qui y circulent"….

-"Il y a une harmonie de la ville, en mouvement, en transformation et métamorphose. Je cherche toujours d'autres lieux pour créer, mais souvent dans les tournées, on nous impose une scène. Alors des contraintes apparaissent et l'on va au delà des structurations; quand on voyage, on ne peut pas tout transformer en trois jours. Il faut réagir au concret. Comme disait Merce Cunningham à un journaliste:"Il y a neuf danseurs dans mon spectacle car il y a neuf places dans notre bus-navette !" Il y a eu des spectacles extravagants, luxueux, plein de folie et des retours au calme dans des espaces moins sophistiqués. Avec Jean Nouvel, nous avions pu faire une version du décor coupé en deux où le public bénéficiait des reflets dans un miroir, une grande perturbation de la perception, en fait. La ville nous interpelle pour les 2/3 de la population mondiale ! C'est le lieu des fantasmes et des utopies qui influencent le pouvoir, le politique, les corps entre eux. La planète est une vaste ville, c'est une "planète-territoire", relayée par les nouvelles technologies.
Internet est la ville des villes et permet de vivre plusieurs identités, d'être connecté et isolé à la fois. On vit un individualisme croissant, dans une civilisation du self, seul sur internet aux commandes! Ceci c'est de l'intellect. Avec Mayne, Hadid et Perrault, je vis une trilogie de l'architecture dans la ville et comme chorégraphe je ne suis jamais seul. Homme des cavernes, je créé avec le collectif de danseurs: c'est une expérience d'être ensemble de différentes manières pour aborder tous les possibles. Les danseurs discutent, improvisent; ils sont créateurs et concernés et parlent du monde d'aujourd'hui."


-"L'espace virtuel, les projections sont-elles un prolongement de l'architecture, des volumes, de l'espace?"

-"Le corps naturel n'existe plus face aux nouvelles technologies. Dans la danse nous sommes dans le tangible; le corps est le seul outil de communication, et c'est le paradoxe de l'éphémère, le beau qui survit à tout. Le monde de l'image nous envahit, devient plus important que la réalité. Ce sont les images qui nous imposent nos désirs par un matraquage qui forge nos manières d'être. Je plonge dans le monde contemporain pour en avoir et en donner une version critique et pas fataliste. L'architecture de la danse est simple et belle; elle existe et donne espoir: celui d'une utopie possible, merveilleuse, gratuite. L'art donne du sens, hors du calcul. La danse se propose sans compétition, pas comme en affaire….Les villes se dilatent, s'offrent partout de la même manière (voir l'excellent ouvrage de Marc Auget, "Les non-lieux", ces lieux même de consommation, shopping center où nous sommes passagers, usagers, clients et de la mobilité constante: les aéroports, gares, etc…). A Marseille, on peut passer sa journée dans ce type de ville nouvelle dans la ville; il n'y a plus de centre ni de place de village. La transformation de la convivialité en est induite. Heureusement il y a les corps rebelles qui transforment sans abdiquer. C'est la force de l'humanité face à la standardisation. Italo Calvino dans "Les villes invisibles" ne dirait pas le contraire."

-"La scène finale est emblématique de vos préoccupations sur la place du virtuel dans le spectacle vivant"
-"Les images de synthèse qui défilent à l'écran montrent d'immenses ponts suspendus, qui, plus qu'une métaphore des réseaux de circulation sont un symbole de la victoire de la culture urbaine sur la nature. La caméra virtuelle se déplace à l'intérieur d'un des projets de Zaha Hadid et la métaphore de la ville comme creuset d'énergie se développe à l'écran en une suite de visions aériennes qui sont autant de paysages abstraits aux formes technologiques: les faisceaux des lignes directrices du cosmos urbain, d'un rouge incandescent, intensifient leur dynamisme. Ils se déroulent, s'entrelacent dans une réorientation continue des flux énergétiques, s'élançant sans fin dans l'espace. C'est un monde virtuel, dense et précis que l'absence humaine rend encore plus inquiétant. Y prend forme la Mégapole, le Métropolis du futur."

Propos recueillis par Geneviève.Charras le 4 Septembre 2006



 « LA VERITE 25 FOIS PAR SECONDE » : A grande échelle
Frédéric Flamand rencontre le célèbre designer et plasticien chinois Ai Weiwei pour une aventure spatio-chorégraphique inédite: du « Nid d’oiseau », stade olympique « designé » par ce dernier pour les jeux de Pékin en 2008, le voilà aux prises avec les corps, le rythme de la danse très « architecturée » du chorégraphe flamand.
D’Ai Weiwei, on retiendra aussi l’engagement militant, son travail pictural consacré aux contradictions entre la permanence de la culture traditionnelle chinoise et l’accélération de la modernisation du pays. Comme trublion, il subit la pression et la censure des autorités chinoises. Porte-drapeau des rebelles chinois sur internet, il dérange. Du pop-art à l’ère du blog, son écriture reste immédiate, jetable, pertinente et percutante! A l’heure où la Chine «déblogue», Weiwei, dont le nom signifie «celui qui aime l’avenir» cultive les collisions!
Après ses diverses expériences avec des architectes de renommée internationale - Jean Nouvel, Zaha Hadid, Diller-Scofido, Tom Mayne, Dominique Perrault et récemment les designers Campana, Frédéric Flamand retourne à ses préoccupations sur les espaces urbains et le corps humain, sur fond de l’œuvre d’Italo Calvino «Le Baron Perché».
Rencontre avec Frédéric Flamand à la veille de la création mondiale du spectacle à Luxembourg.
-« Quand et comment avez-vous rencontré le travail du plasticien-designer chinois Ai Weiwei ? »
-« C’est tout d’abord en découvrant une de ses installations présentées à la Biennale d’Art contemporain de Venise: un véritable choc pour moi et l’intuition d’être sur la même longueur d’onde. Une accumulation de chaises tissées de liens en bambous dans un immense espace : simple, très conceptuel. Ai Weiwei est un personnage incroyable, à la croisée des cultures chinoises et américaines avec une connaissance aigüe de l’art et une expression très «ready made» à la Marcel Duchamp.
-« Comment avez-vous croisé vos univers pour ce spectacle ? »
« L’idée de Weiwei s’est imposée; travailler avec des échelles en métal pour créer un environnement constitué d’une structure rigide, mue par des rouages, évolutive mais aussi, synonyme de destruction, d’amas, d’entassement comme pour un amoncellement possible de ruines sur le plateau. Il transforme tout en perspective Renaissance: points de fuite, grand angle, perspectives et évocation aussi d’un passé révolu. L’échelle en aluminium est un élément pauvre, dépouillé qui correspond à sa vision conceptuelle de l’objet. Pour les danseurs c’est très dur et difficile à manier. C’est ainsi qu’il fait danser l’espace avec ces structures rigides, mais très « organiques » avec des jointures, des emboitements, des articulations, tout un être en mouvement ; Cette construction mobile, stabile, est source de gravitation, de déséquilibre, instable. C’est aussi une vision de l’expansion, de l’extension de l’espace: du sol, à la hauteur, il fait exploser cette notion du cadre restreint de la scène Et pour moi, c’est une correspondance jouissive avec mon travail antérieur sur la dimension scénographique: on ne se change pas !!!! »
-« Les textes d’Italo Calvino habitent votre œuvre et la nourrissent : de quelle manière ? »
-« « Le Baron perché » est la source de ce travail, sur la mémoire, les objets des siècles passés, réminiscence d’un patrimoine enfoui et inconscient comme dans les peintures Renaissance; c’est aussi tout l’aspect archéologique de l’œuvre de Weiwei qui joue sur cet aspect: ancien-moderne. Ces amas d’échelles qui difractent la lumière, sont comme un organisme vivant avec une ossature géante qui offre son côté dramatique à ce spectacle. Autant de ruines, grandioses qui jonchent le plateau. »
-« Votre réflexion sur l’hétérotopie, selon Foucault et Blanchot est-elle toujours votre actualité réflexive ? »
-« C’est une évidence continue dans mon travail : le théâtre est cette hétérotopie, territoire, « continent imaginaire de l’ailleurs » et le monde entier tend à s’unifier, toujours. Quand le personnage monte dans les arbres, c’est pour avoir un autre point de vue, une distance qui est cet espace de l’art et ce n’est pas une tour d’ivoire, ni un refuge; cette distance m’est nécessaire. C’est cela qui perturbe aussi le regard du spectateur qui le fait voyager.
Les musiques aussi, inspirées du monde industriel, de l’ambiance d’atelier concourent à cette spatialisation. Pour la danse, nous avons travaillé sur les notions de légèreté-lourdeur, rapidité-lenteur, visibilité-invisibilité, gravité et jamais dans l’académisme d’un vocabulaire trop syntaxé ni référé »

-« Quel titre aura ce nouveau spectacle ? »
-« Sans doute « Suspens » pour évoquer cette vision nouvelle, suspendue à l’inconnu où les repères explosent  comme pour la notion d’œil très « Renaissance » posé sur le monde. Et puis Weiwei a un côté « Léonard de Vinci », inventeur, provoquant des collisions dans une grande fraicheur d’esprit novateur. Cela me « rafraichit » beaucoup aussi et cette transversalité rejoint les mots de Le Corbusier, ces « heures d’angoisses de l’invention » qui jalonnent la création. »
Geneviève Charras


Danses macabres: Eros et Thanatos



En voici quelques unes: de celles de Tomi Ungerer à celles de Gunter Grass "Letzte Tänze": longue réflexion sur la danse de mort...Un thème d'inspiration religieux mais aussi artistique et paien.
Car la danse, c'est plutôt la vie!!!! (voir la danse de la camarde dans "La table verte" de Kurt Joos...)

"Danser avec la mort" est un ouvrage de référence (musée de l'imprimerie de Lyon)
Regardez "La danse macabre" de la Ferté-Loupière
Les "danses de mort à Bern" de Nicolas Manuel et cet ouvrage:



 



la Chaise Dieu: fresques

dimanche 29 mai 2011

Les anges dansent aussi

Dans l'iconographie des anges, on trouve peu l'image de la danse: quelques rondes d'anges, quelques mouvements chaloupés....Les anges semblent se mouvoir à tire d'ailes!!!!
Cependant j'en ai trouvé quelques uns!







Drôle de Tram: Christian Lacroix et sa nouvelle bannière!

Les nouveaux habits du tram vont faire valser et danser Montpellier
La ligne 4 du tram de Montpellier sous haute-couture: une robe à la "petit monstre marin", magnifique design pour les "transports en commun" des artistes du prochain festival Montpellier danse!!!
Notre couturier, styliste, scénographe et costumier de ballet n'en fait qu'à sa tête, bien pleine de projets innovants pour un homme toujours en mouvement! Ce Saint Christophe, patron des voyageurs et transporteurs, des conducteurs, se "trans-porte" bien.Quand on pense à Rudolf Laban qui osait affirmer :"le danseur transporte son propre espace", il est de notre famille Christian Lacroix!
Sa première rame de tram à fleurs d'acanthe était déjà une réussite!
"Je théâtralise le quotidien" avoue-t-il et "je porte en moi, le voyage, le transport"!
"Ca me plait de me dire que je prends le matin un train (tgv) que j'ai dessiné, que je dors le soir dans un hotel que j'ai designé et que je prendrai un tram que j'ai habillé".
"Ce que j'aimerais? Faire la conception totale d'une chapelle ou d'une église!" : avec un christ(tian) en (la)croix?


La "Bel" danse" de Jérôme

Soirée finale du festival "Nouvelles" avec la pièce de Jérôme Bel: "Cédric Andrieux"
On se souvient de "Véronique Doisneau", ce très beau solo dédié à cette danseuse "sujet" du corps de ballet à l' Opéra de Paris où l'interprète se livrait au jeu de l'autoportrait, seule en scène face aux spectateurs très intrigués par les aveux et paroles de la danseuse.Ici c'est au tour de Cédric Andrieu, danseur chez Cunningham et au Ballet de Lyon: paroles et gestes du danseur revisitent les péripéties liées à l'"histoire de la danse", celle qu'il a incorporée, digérée et délivrée à travers son corps, dressé, dompté par la technique, les écoles et divers chorégraphes rencontrés lors de son trajet d'artiste.A travers lui, Jérôme Bel retrace son histoire revisite la gestuelle de Trisha Brown, Cunningham,Tréhet, et Bel: auto citation, recyclage écologique du geste: voici un authentique geste équitable. Tout est bon, tout est noble et conservable dans le répertoire où Bel choisit des instants de grâce et de félicité.
On ne se complait pas à "retrouver" les gestes cités comme pour un jeu de piste ou de devinettes.

Déjà se profile le "conservatoire" de la danse d'aujourd'hui, à la manière du "musée de la danse" de Boris Charmatz: "je suis une école de danse" dit ce dernier (associé cette année à la programmation du festival d'Avignon). Bel serait alors un agent double de sa gestuelle, un portraitiste sans faille de son icône, véhiculée généreusement à travers le corps des autres. Filtre, passation, don de soi , distillé par un alambic intelligent et sélectif qui ne retiendrait que le bon, que le beau. Car il "fait le beau" dans sa "bel" danse ,"basse" cour d'un la-bel griffé, signé" Jérôme". Un gage de qualité!Une estampille qui rassure quelque part: souhaiterions-nous des "références", des balises dans la lecture et lisibilité de la danse contemporaine?

samedi 28 mai 2011

Danse et BD: Alex Varenne fait danser ses héros dans "Kiro" et "Gully Traver"

La couverture de "Gully Traver" c'est un pas de deux renversant entre le héros et une ballerine du Lac des Cygnes. Dessiner la danse:Alex Varenne s'est inspiré du film d'André Labarthe sur Sylvie Guillem au travail pour réaliser cette BD.
Et dans "Kiro" c'est à un spectacle de Jean Claude Gallotta que le couple amoureux assiste au théâtre de la Ville: c'est "Mammanne" plutôt que le "Roméo et Juliette" annoncé! (p 182-183)


Autre BD de BLUTCH "Vitesse moderne": on y voit le professeur de danse de ces dames, qui n'est autre que Merce Cunningham, ce "commendatore" qui avoue être passionné et dévoré par l'art de la danse! (P 6-7  33-39)
Les croquis sont mordants, désopilants et l'on reconnait le maestro de la modern dance avec complicité et beaucoup d'humour!!!





Alex Varenne Gully Traver

Stephan Balkenhol à La Halle Verrière de Meisenthal en juin

Les sculptures de Balkenhol ne nous sont pas inconnues à Strasbourg: la girafe devant le siège de ARTE, les deux pans de bois du parc du château de Pourtalès.... Ces sculptures dévoilent la force de cet art, au sens étymologique premier, celui qui désigne le geste fondateur du volume (tailler dans la matière brute).
Sa statuaire et son soucis de la représentation du corps humain fait de son œuvre aussi un hommage à la danse: "le bal" en est une belle illustration. Ses petits personnages aux positions stoïques, aux expressions laconiques, emblématiques dansent cependant, figés dans la masse de bois taillée à vif, colorés vivement. Tirer une figure humaine de la masse de la matière, en l'occurrence le tronc de l'arbre, dans un geste grossier: un style bien à lui qui enchante car il parle aussi de l'éternité, de la nature, de l'homme!
Je vous livre une part de son oeuvre très "dansante": les couples de danseurs, "The Dancer", et autres figures taillées à vif dans son matériaux de prédilection: le tronc, le bois, l'arbre!!!!

L'exposition de Juin est un défi à l'espace de la halle verrière. A découvrir dès le 19 Juin.
The Dancer Prague 2005

Tanzende Paar

les pingouins






TRAJAL HARRELL à Nouvelles Strasbourg

"Twenty looks or Paris is burning at the Judson Church (s)"
Que voici une pièce singulière, retraçant à la fois les prémisses de la post modern dance sans les nommer ni les singer et le mouvement "Voguing" .Des vêtements empilés sur des chaises, un tapis-podium de défilé de mode: le décor est planté et en 20 petits épisodes, saynètes qui s'enchainent dans un tempo et timing très relevé, nous voici au cœur du destin d'un mannequin performer aux couleurs de Harlem dans les années 60.
L'interprète est idéal: de couleur noir, c'est un "black" qui descend au village des intellos du "Judson church Theater" et n'en fait qu'à sa tête. Il s'expose, se montre et se définit comme un être libre, habillé avec trois fois rien de mode sportive, cool, puis plus classe déviante (Armani, Channel ou Saint-Laurent) quelque peu désacralisé. La mouvance est sobre, chaloupée, émouvante. La complicité avec le spectateur se fait dans la proximité du dispositif de scène, et l'on se pique au jeu de l'empathie.
Il est beau cet artiste esseulé avec ses atours d'une nuit, d'un soir.....
Après le spectacle de Alain Buffard "Tout va bien" et son dispositif guerrier et belliqueux à souhait, la modestie de Trajal Harrell, ce chorégraphe new-yorkais si fascinant fait mouche!

vendredi 27 mai 2011

Moteur! Ca tourne! Daniel Linehan à Nouvelles Strasbourg

Ca tourne toujours "rond" au festival, après la très belle bobine à la James Dean de Miguel Gutierrez!
"Not about everything": une performance qui ne veut pas dire son nom car elle n'a rien d'archi-spectaculaire ni de "sensationnel". Elle est tout le contraire d'une démonstration de la maitrise ou de la compétence en matière de savoir faire performatif. Un vrai événement donc, de trente minutes à peine. Il est seul avec son corps et son texte appris par coeur, qui défile quand même sur une bande surtitrée en anglais. Du multimédia sans erreur.Daniel Linehan est frêle, volubile, fin, gracile: il commence à tourner sur lui-même et ne cessera pas durant sa prestation, à évoluer ainsi, dans son axe, son territoire tracé à terre par six ouvrages livresques (Derrida/Deleuze) ou autres publications faussement hasardeuses.Encerclé, livré à lui-même, il parle, scande, toujours en rotation, se ramasse parfois pour une accélération....Transe magnétique, hypnotique, sans perte d'équilibre ni de contrôle. Les mots "endurance"et autres termes performatifs lui semblent désuets, inadaptés et non de circonstance. Pourtant, on est suspendu à cette opération envoutante qui se déroule devant nos yeux et incapable de le quitter pour ne pas le perdre ni rompre le suspens, on tourne les pages de cette petite narration pleine d'humour avec délectation. Il se permet même de lire une lettre, de signer un chèque de don (son cachet pour sa prestation) à une association de bienfaisance. Détachement, humour, ironie....Daniel se situe ainsi hors des sentiers battus de la performance et s'offre aux regards avec ce don inné chez lui de la générosité et de la prise de risque, en direct, toujours!

mercredi 25 mai 2011

Miguel Gutierrez et "The Powerful People" : "Last Meadow": le désastre James Dean!

Ne tirez pas sur James Dean (il n'est pas pianiste!)Encore un mythe à abattre, un personnage à exhumer, un géant mythologique de l'archéologie du futur à fusiller?
Certes, non!! A fusiller du regard, oui, à encadrer, à s'en faire son ami ou ennemi intime ou public numéro 1!!!
Songez à "A l'Est d'Eden" ou à "La fureur de vivre", au "Géant". Qu'en font Gutierrez et ses deux complices américains? A  Nouvelles hier soir à Strasbourg, le "spectacle" était total.
Gutierrez y  faisait son cinéma, usant de tous les clichés et références en la matière, et cela opère!
On plonge dans l'univers de la nuit américaine, des projecteurs de tournages, des images de ces films cultes, images à peine arrêtées, comme sur la pellicule. Le moteur se réamorce et le film continue.
Des sous-titres pour traduire les dialogues, comme au cinéma!La bobine tourne, le projectionniste continue la séance, même si quelques spectateurs excédés par le rythme fougueux de la musique amplifiée, quittent la salle.
Lui, James Dean, est incarné par une femme qui minaude gentiment. Les deux autres, un homme et un travesti qui fait gonfler sa robe occupent joyeusement le plateau (de tournage?)
Non, il s'agit bien de danse, pas du 7ème art!
Souvenirs, souvenirs? Non plus! C'est du présent jubilatoire, excessif, passionné, de l'amour parfois, osé, des poses suggestives, du glamour. C'est bon et au final une litanie de consignes et mouvements dictés par la femme James Dean :nous font dévier vers un présent chorégraphique truffé de références à la danse et son passé-présent américain! Du "Made in Gutierrez" qui jette un œil sarcastique sur les produits humains de cette société américaine dont son héros favori fut lui-même victime.

STRASBULLES: la danse y bulle aussi?

Je me souviens de ma première "BD": "Catherine Certitude" de Sempé/ Modiano: une petite merveille d'illustration et de scénario-image, tendre narration des ébats d'une ballerine à la Sempé!
Depuis, mon chemin à croisé "L'énigme, Michael Jackson" de Le Fab-Lobel, hommage à "Moonwalk is forever"!, "Commando Colonial" Appollo et Bruno "Fort Thélème" (danse du voile page11)
"L'honneur des Tzarom" "Cellules familiales" avec ses ravageuses scènes de bal et de batailles rangées!!!!
A "Strasbulles" 2011 du 5 au 6 Juin à Strasbourg, y verra-t-on de nouveaux albums qui chemin faisant croisent dans la narration un morceau d'anthologie dansée où l'art chorégraphique et le dessin se rejoignent pour créer du mouvement?


RATAFIA danse à "Fous d'images": Ah! tutu verras!

Dans le cadre de "Fous d'images" à Strasbourg à la médiathèque Malraux, le héros de la série Ratafia- Pothier-Salsedo- danse une séquence géniale, exposée en planche originale dans le cadre de l'exposition inédite qui lui est consacrée.Dans "Mon nom est capitane" pour sauver la situation des pirates perdus sur une île, à la chasse au trésor, le chef des lieux leur demande d'organiser un spectacle. De danse, évidemment!
Chacun angoisse: "ça sera ta tutute première fois". Suit une planche désopilante où chacun esquisse solo, pas de deux et bal en bouquet final!
La danse, ultime sacrifice, rituel et passage à l'acte pour l'initiation, résoud les problèmes diplomatiques!
Art universel et fédérateur?
Ça cartonne, ça cartoon!!!

Danse Design au "Parcours du design industrie"

pèle balayette design danseuse

coupe papier design danseuse
Bientôt à Strasbourg le "Parcours du Design Industrie" du 6 au 11 Juin, organisé par la CCI: une réflexion originale entre la création design et le produit industriel, les enjeux de la commercialisation, de la fabrication et en prime moult expositions.Allez-y voir:www.parcours-du-design.fr
Oscar Schlemmer, professeur artiste au Bauhaus dans les années 1920, créait déjà des formes de costumes à danser très design, objets aux matériaux étranges (ouate, métal...) dont s'emparaient ses danseurs pour y executer des mouvements et chorégraphies singuliers. Danse et design se retrouvent pour investir le corps, ses déplacements et inventer une gestuelle insolite, hors norme.
Comme tout ce que vous verrez lors de cette manifestation artistique et industrieuse à Strasbourg.

lundi 23 mai 2011

Souvenir d'une performance avec Stéphanie Kristofic

Que des photos d'un "événement" lors des "ateliers ouverts" à Strasbourg: "Corps et graphies"!







Lili à la campagne: elle danse!

Dernière trouvaille aux puces: un album de 1960 où Lili, mon héroïne, danse!!!!

dimanche 22 mai 2011

Baroque à la Cour: "La belle danse ou basse danse? actualité.

Elle "cour", elle "cour", la dansomanie!
L'ensemble "Le Masque" donnera le dimanche 19 Juin à 18H à l'Église Saint-Pierre Le Vieux, à Strasbourg un concert "déconcertant" de musique et danse baroque en présence de Christine Bayle, de la compagnie "L'éclat des Muses". "Danses et symphonies à la cour et au théâtre"
.On se souvient de Francine Lancelot, "La belle dame", celle par qui la danse baroque fut remise au goût du jour dans la plus grande intelligence, irradiant de ses recherches toute une génération d'héritiers: Béatrice Massin, François Raffinot, Marie-Geneviève Massé,Christine Bayle!
Allez-y "masqué"!
www.le-masque.com




figurines en biscuit de Sèvres du musée historique de Bâle